« Le retour au salariat, c’est un souffle d’air frais ! », Marie-Astrid

Marie-Astrid est une jeune femme de 30 ans, dynamique et créative, originaire de Dordogne. Elle a passé les deux dernières années à développer sa marque de bijoux et de décoration intérieure XALÜPE*, mais a pris la décision, aujourd’hui, de retourner dans le salariat en parallèle. Elle nous raconte, dans cette interview, les raisons de son choix et revient sur ce que cette aventure entrepreneuriale lui a apporté, ainsi que les difficultés auxquelles elle a été confrontée.

*XALÜPE provient de txalupa qui signifie barque en basque

Comment as-tu démarré cette aventure de création de bijoux ? 

J’ai toujours eu deux passions : l’architecture et la création de bijoux. J’ai donc suivi des études d’art et de design d’espace et à côté, je fabriquais des bijoux. Au départ, je faisais un peu de tout : des bracelets en origami, en perles miuky et en forme de nœuds marins avec des cordelières de tapissier. C’était surtout un passe-temps. Puis, un été, au bord de la piscine, ma sœur m’a dit, mais pourquoi tu ne les vends pas ? J’ai alors créé une page Facebook et ça plaisait bien. C’était cool d’avoir des retours. Mais je ne pensais pas que les gens allaient m’en acheter. Pour moi, ça ne pouvait pas fonctionner. Mon objectif était donc de trouver du travail. Puis, j’ai eu la chance de pouvoir rentrer dans un incubateur et en parallèle, j’ai été embauchée comme assistante de direction à temps plein. Ce n’était pas le job de mes rêves, mais je m’entendais bien avec tout le monde et j’étais bien payée. Je développais donc ma marque de bijoux, mais sans y être à 300 %. Il fallait que je bosse de l’autre côté pour garder mon salaire. Puis, mon boss a racheté une usine et comme il savait que j’étais issue de cette formation, il m’a confié la mission de réaménager les 1000 mètres carrés toute seule.

Marie-Astrid a créé la marque de bijoux et de décoration XALÜPE

De quoi avais-tu le plus envie à cette époque ?

J’étais vraiment entre-deux. Je voulais créer ma marque de bijoux, mais pour moi je n’allais pas réussir à en vivre. Ce n’était donc pas ma priorité, qui était à ce moment-là de rembourser mon prêt étudiant et de garder mon salaire. Je suis restée presque deux ans dans cette entreprise, mais après ce projet d’aménagement de bureaux, je me sentais plus trop à ma place. L’administratif n’était pas non plus ce que j’avais envie de faire. Je me suis dit que c’était le moment pour me lancer à 100 % dans les bijoux. J’avais créé XALÜPE et mon identité de marque pendant l’incubateur et je ne faisais plus que des bijoux sur le thème marin, principalement en cordelière, car il fallait être cohérente et c’est ce qui plaisait le plus. 

Qu’as-tu entrepris ensuite pour la développer ?

Beaucoup de choses. Je me suis fait suivre par un programme à la chambre des métiers et de l’artisanat et mettais un point d’honneur à tout fabriquer moi-même. J’ai conçu mon logo, mes banderoles, un stand pour aller sur les marchés parisiens… J’ai développé mon site, animé mes réseaux sociaux. J’ai fait des marchés de créateurs également et trouvé des boutiques pour mettre mes bijoux en dépôt-vente. C’était trop cool. Ça se lançait. Mais c’était aussi super dur ! Je passais parfois des journées entières sous la pluie, des journées où je ne vendais rien. Je me souviens de mon premier événement dans un vide-dressing. Le droit d’entrée était super cher et il s’est avéré que les gens venaient acheter des vêtements à 3 euros. Ils ne regardaient même pas mes bijoux à 25 euros. J’avais envie de pleurer. J’ai aussi eu des petits succès heureusement et j’étais trop contente d’avoir le retour des clients. Mais je ne gagnais jamais assez pour payer un loyer et au bout d’un moment, mon chômage arrivait à son terme.

Ma conseillère m’avait mise en garde tout de suite : « Est-ce que vous voulez en vivre ou que ce soit un passe-temps ? » Dans ma tête, c’était oui, je veux en vivre. Mais le constat c’est que c’est super dur de faire du made in France. À la fin, il ne te reste quasiment rien. Il faudrait afficher des prix plus élevés, mais si c’est trop cher, ça ne se vend pas non plus. C’est beaucoup d’effort pour pas grand-chose au final. J’ai rencontré une centaine de créatrices et très peu arrivent à en vivre. Si tu ne fais pas d’événements, tu ne vends rien. Et si tu vends, après avoir enlevé les charges, le coût des matières premières et le temps passé, tu ne gagnes vraiment pas grand-chose. 

À quel moment as-tu décidé de retourner dans le salariat ?

J’avais l’impression que j’avais coché toutes les cases que je voulais cocher au départ, mais je n’avais pas les résultats financiers que j’espérais. Je commençais à être un peu en burn-out aussi. J’ai donc pris du temps pour moi, l’été dernier. Au bout de deux ans et demi, c’était la première fois que j’arrivais à souffler, à ne plus penser à ma marque. Ça m’a fait un bien fou. Je suis partie en voyage à la Réunion et ça a été une révélation. J’ai fait la randonnée du Python des neiges pendant deux jours. C’était hyper dangereux, mais tu n’as pas d’autres choix que d’avancer. À chaque pas, où je galérais, je me disais auto entrepreneur c’est vraiment ça. Tu galères et tu ne peux compter que sur toi. Puis, j’ai fait un marché de Noël où j’étais complètement malade. En plus, je devais avoir un chalet, mais avec les grèves, ils n’avaient pas été livrés. J’avais donc une tente près des churros. C’était horrible. Et pendant la nuit, toutes les tentes se sont effondrées. Ça a été la goutte d’eau. Xalupe, j’en peux plus! J’ai commencé à postuler à certaines choses et une formation de dessinateur, projeteur 3D m’a acceptée. Aujourd’hui, j’ai trouvé un poste dans ce domaine, qui est mon autre passion. Je continue cependant à achalander mon site, à tenir mes réseaux sociaux et à honorer mes commandes. Mais j’ai fait une croix sur l’idée que je puisse en vivre.

Comment envisages-tu la suite à présent ?

J’ai envie de faire carrière dans l’architecture. Je viens d’avoir trente ans. J’ai besoin d’évoluer et d’avoir un vrai salaire. Je garde les bijoux, car ce sont mes tripes qui sont dedans. J’ai énormément grandi avec cette autoentreprise. Mais l’entrepreneuriat, c’est sans fin. Tu ne t’arrêtes jamais. C’est monstrueux la création d’une marque. Là tout de suite, j’ai envie de ne plus mettre autant d’énergie pour moi-même et de travailler pour quelqu’un. 

Qu’est-ce que cette aventure t’a le plus appris ?

J’ai appris à être hyper débrouillarde et à ne compter que sur moi. J’adore les retours clients. C’est hyper gratifiant d’être sélectionnée pour un événement créateurs. Mais ce qui m’a gonflée, c’est attendre sous la pluie qu’un éventuel client passe et qu’on trouve mes bracelets hors de prix alors que je fais une toute petite marge dessus. J’ai pris beaucoup de plaisir, par contre, à rencontrer plein d’entrepreneurs et à constater l’entraide qui existe entre eux.

« J’ai appris à être hyper débrouillarde et à ne compter que sur moi. »

Quel avantage vois-tu à l’entrepreneuriat ?

Tu ne souffres pas des énergies des autres. Toutes les énergies que tu véhicules, ce sont les tiennes. Et si ça ne marche pas, tu ne peux t’en vouloir qu’à toi-même. Mais, c’est difficile. Tu penses toujours à un truc, même la nuit ça te réveille. Tu ne coupes jamais. Le retour au salariat, c’est un souffle d’air frais. J’ai besoin de réoxygéner mes cellules. Tu rentres chez toi, le soir, tu es content d’avoir fait ce que tu as fait. Tu ne vois pas 1000 autres choses à faire en plus.

Quels conseils donnerais-tu à quelqu’un qui aimerait créer son entreprise ?

Qu’il faut s’accrocher, mais ce n’est pas donné à tout le monde d’être entrepreneur. Il faut vraiment avoir les épaules solides, ne pas abandonner à la première difficulté, ni non plus flamber ses premières rentrées d’argent. Il y en a plein qui se lancent en disant je vais tout cartonner. C’est bien d’être enthousiaste, mais c’est risqué. Faut peut-être avoir un peu d’argent de côté aussi. Ce n’est pas accessible à tous financièrement. Tu commences à te faire une clientèle au bout de trois ans. Moi je ne pouvais pas me le permettre. Mais quand tu es entrepreneur un jour, tu es entrepreneur toujours. Une fois que tu y as goûté, tu aimes ça.

Quels sont tes regrets ?

D’avoir trop fait confiance aux gens. Je me donne très facilement. Je suis entière. Certaines boutiques n’ont pas été très bienveillantes et ça m’a vraiment porté atteinte. J’écoute aussi trop ce que disent les autres. Je ne prends pas assez de distance avec les situations. Ce sont les seuls regrets que j’ai, car sinon tous les échecs que j’ai traversés m’ont fait avancer. J’espère, à présent, que ma trentaine sera plus calme (rires).

Si demain, l’argent n’était plus un problème, resterais-tu entrepreneure à temps plein ?

Maintenant je dirais non, car tu es très seule dans l’entrepreneuriat, même si tu rencontres beaucoup de monde. Quand tu es salariée, tu travailles tous les jours avec des collègues et tu as une stabilité. Et puis, j’adore l’architecture, la 3D, la modélisation. Mais si je n’avais que ça, ça me manquerait de faire quelque chose de mes mains. Je vais réussir à allier mes deux rêves, à présent. Je verrai par la suite, car XALÜPE est aussi une marque de décoration intérieure et le freelance reste une porte ouverte, mais c’est très long de faire son réseau.

Qu’est-ce que tu voudrais que l’on retienne de toi ?

Que je me suis battue ! Je ne regrette absolument pas d’avoir monté ma marque. Je suis très fière de mon bébé. J’ai eu de belles réussites et n’ai jamais lâché, malgré les obstacles sur mon chemin.

Vous pouvez retrouver les créations de Marie-Astrid sur son site et la suivre sur son compte Instagram ou Facebook.

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