Changer de métier pour devenir hypnothérapeute peut sembler séduisant lorsque l’on souhaite exercer une activité tournée vers l’humain et l’accompagnement.
Mais que se passe-t-il réellement après la formation ?
Comment se sent-on lorsqu’une personne paie pour la première fois pour être accompagnée ? Comment trouver ses premiers clients ? Combien de séances peut-on réellement assurer dans une journée ? Et surtout, comment savoir si l’on est fait pour ce métier ?
Dans cet épisode de Ma Rêv’olution Pro, j’ai reçu Julie Couvet, aujourd’hui hypnothérapeute après avoir travaillé pendant huit ans dans l’e-commerce.
Sa reconversion permet de découvrir une facette parfois moins visible du métier : celle des doutes, de l’apprentissage, de la fatigue, mais aussi de la confiance qui se construit progressivement avec l’expérience.
Pourquoi se reconvertir pour devenir hypnothérapeute ?
Avant de devenir hypnothérapeute, Julie avait déjà connu plusieurs vies professionnelles.
Elle a d’abord travaillé pendant huit ans dans l’événementiel, avant de se lancer dans l’entrepreneuriat avec une activité e-commerce qu’elle a également développée pendant huit ans.
Au fil des années, son rapport à cette activité évolue.
Les réseaux sociaux, qui occupaient une place importante dans son acquisition de clients, changent. La création de contenu devient de plus en plus présente et Julie commence également à avoir le sentiment d’avoir fait le tour de son activité.
Surtout, elle ne souhaite pas développer une grosse structure avec des salariés.
Peu à peu, le sens et la motivation diminuent.
Plutôt que d’attendre que son entreprise s’essouffle complètement, elle décide donc de la vendre.
Mais avec une particularité importante : elle ne sait pas encore ce qu’elle fera ensuite.
Faire un bilan de compétences avant de choisir sa reconversion
Julie ne passe pas directement de l’e-commerce à l’hypnothérapie.
Elle souhaite d’abord créer une vraie coupure entre ses deux activités.
Elle réalise alors un bilan de compétences pour prendre du recul et identifier différentes pistes professionnelles.
Plusieurs métiers de l’accompagnement émergent, notamment la sophrologie, la naturopathie et l’hypnose.
Mais plutôt que de choisir uniquement sur l’image qu’elle se fait de ces professions, Julie décide d’aller rencontrer virtuellement celles et ceux qui les exercent.
Elle réalise plusieurs entretiens avec des professionnels afin de comprendre leur quotidien et surtout l’envers du décor du métier.
C’est une étape particulièrement intéressante lorsqu’on envisage une reconversion.
Parce qu’entre être attiré par un métier et aimer sa réalité quotidienne, il peut exister un écart important.
Une bonne question à se poser avant une reconversion
Ne vous demandez donc pas uniquement :
« Est-ce que ce métier me plaît ? »
Demandez-vous aussi :
« Est-ce que la réalité quotidienne de ce métier me convient ? »
Les horaires, les contraintes, le modèle économique, la solitude, la charge mentale ou encore le type de public accompagné font autant partie d’un métier que son cœur d’activité.
Pourquoi Julie a-t-elle choisi l’hypnothérapie ?
L’hypnose n’était pas totalement inconnue de Julie.
Elle avait elle-même été accompagnée pendant plusieurs années par un hypnothérapeute et avait été marquée par les effets de cet accompagnement.
Son bilan de compétences et ses enquêtes metiers lui permettent ensuite d’affiner son projet.
Elle décide finalement de se former à l’hypnothérapie.
Pour elle, l’hypnose est avant tout un outil utilisé dans le cadre d’un accompagnement. L’objectif n’est pas simplement de « faire de l’hypnose », mais d’aider une personne à avancer sur une problématique ou à passer d’une situation à une autre.
Quelle formation suivre pour devenir hypnothérapeute ?
Julie choisit de se former à l’ARCHE, où elle suit sa formation principale sur plusieurs mois, de mars à novembre.
Elle poursuit ensuite avec d’autres modules et une formation en psychopathologie afin d’acquérir des connaissances complémentaires.
Le choix de l’organisme de formation était d’autant plus important pour elle qu’elle constatait une grande diversité d’écoles et de parcours.
Parmi les critères qui l’ont convaincue, Julie cite notamment l’existence d’un centre de recherche, l’actualisation régulière des contenus pédagogiques, la formation continue et la possibilité d’être confrontée à différents formateurs et différentes manières de pratiquer.
Son expérience souligne un point essentiel : une formation initiale n’est pas nécessairement la fin de l’apprentissage.
Dans un métier d’accompagnement, la formation peut continuer bien après l’installation.
Le syndrome de l’imposteur au moment de devenir hypnothérapeute
C’est probablement l’un des passages les plus intéressants de son témoignage.
Pendant sa formation, Julie ne se pose pas énormément de questions sur sa légitimité.
Elle apprend. Elle pratique avec les autres stagiaires. Elle expérimente.
Puis vient le moment de recevoir de vrais clients. Et surtout… le moment de faire payer ses séances.
C’est là que le syndrome de l’imposteur prend davantage de place.
Faire une séance gratuite lui semblait encore relativement confortable : l’enjeu était faible.
Mais demander à quelqu’un de payer pour être accompagné change complètement son ressenti.
Elle commence par pratiquer à un tarif réduit, avant de réaliser que cette situation reste inconfortable et de passer à un véritable tarif de séance.
C’est un mécanisme que l’on retrouve dans de nombreuses reconversions.
On imagine souvent qu’il faut d’abord se sentir parfaitement légitime pour commencer.
Mais l’expérience de Julie montre plutôt le mouvement inverse : elle commence malgré l’inconfort, puis sa confiance se développe grâce à la pratique.
Formation et réalité du cabinet : un décalage inévitable
Une autre difficulté apparaît rapidement.
S’entraîner avec d’autres personnes qui suivent une formation en hypnose n’est pas la même chose que recevoir un client pour la première fois.
Les stagiaires connaissent déjà les exercices. Ils ont vu les démonstrations. Ils comprennent ce qui est attendu.
Un client, lui, peut arriver sans connaître l’hypnose.
Il peut avoir des craintes, des représentations particulières ou apporter une problématique à laquelle le jeune praticien ne s’attendait pas.
Julie raconte ces moments où elle pouvait ressentir une importante montée de stress avant une séance et se demander comment elle allait gérer ce que la personne lui apporterait.
Elle apprend également quelque chose d’essentiel : savoir reconnaître ses limites.
Lorsqu’elle estime qu’une situation dépasse ses compétences ou son niveau de formation, elle préfère réorienter la personne vers un autre professionnel.
La supervision et son propre accompagnement occupent donc une place importante dans sa pratique.
Comment trouver ses premiers clients en tant qu’hypnothérapeute ?
C’était l’une des principales inquiétudes de Julie avant de se lancer.
Les professionnels qu’elle avait interrogés pendant son bilan de compétences lui avaient souvent parlé de la difficulté à remplir son cabinet.
Elle décide donc de travailler cette question très tôt.
Son expérience passée dans l’e-commerce lui donne ici un avantage : elle connaît déjà les bases de la communication digitale.
Elle commence à développer son compte Instagram pendant sa formation, puis combine plusieurs canaux pour se faire connaître.
Parmi eux :
- Instagram ;
- des séances de découverte au démarrage ;
- Google Ads avec un ciblage local ;
- des flyers ;
- le réseau professionnel local ;
- les recommandations d’un médecin ;
- puis progressivement, le bouche-à-oreille.
Il n’y a donc pas eu une action miracle qui lui a permis de remplir son cabinet.
C’est plutôt l’association de plusieurs petits canaux qui a progressivement créé un flux de clients.
Julie utilise d’ailleurs une image particulièrement parlante : celle des petits ruisseaux qui finissent par former une grande rivière.
Le bouche-à-oreille prend du temps
Au démarrage, on peut être tenté d’espérer que les recommandations arrivent rapidement.
Mais pour qu’un bouche-à-oreille existe, plusieurs étapes doivent avoir lieu.
Il faut d’abord avoir des clients. Puis leur laisser le temps d’expérimenter l’accompagnement.
Ensuite, certains en parlent à leur entourage. Et enfin, les personnes à qui ils en parlent doivent elles-mêmes décider de prendre rendez-vous. Dans le cas de Julie, c’est seulement plusieurs mois après son installation que le bouche-à-oreille commence réellement à prendre de l’ampleur.
Un rappel utile lorsqu’on lance une nouvelle activité : certains leviers ont besoin de temps avant de produire leurs effets.
Devenir hypnothérapeute, c’est aussi devenir entrepreneur
C’est un aspect que Julie tient particulièrement à rappeler.
Exercer un métier d’accompagnement à son compte ne signifie pas uniquement accompagner.
Il faut également gérer une activité.
Communication, coûts, acquisition de clients, organisation, planning, tarifs, rentabilité…
Même si certains professionnels de l’accompagnement se reconnaissent peu dans le terme « entrepreneur », les réalités économiques restent présentes.
Comme le souligne Julie, proposer durablement des séances à un tarif trop faible peut tout simplement empêcher de vivre du métier.
Cette dimension mérite d’être anticipée lorsque l’on envisage de devenir hypnothérapeute indépendant.
Aimer accompagner ne suffit pas : il faut aussi construire les conditions qui permettent de continuer à accompagner dans la durée.
Une réalité qu’elle n’avait pas anticipée : la fatigue des séances
Avant son installation, Julie avait imaginé son planning de manière assez classique.
Elle disposait d’un certain nombre d’heures dans la journée et imaginait pouvoir les remplir avec des consultations.
La réalité a été différente.
Les séances lui demandent beaucoup plus d’énergie qu’elle ne l’avait anticipé.
Au début de sa pratique, deux séances dans une même journée pouvaient déjà l’épuiser.
Avec l’expérience, sa capacité augmente. Mais elle reste attentive au nombre de rendez-vous qu’elle accepte.
Lorsqu’une journée est particulièrement chargée, elle essaie par exemple d’alléger la suivante.
Cette découverte a également modifié son organisation personnelle.
Certains clients souhaitent consulter après leur journée de travail. Julie travaille donc certains soirs ainsi que le samedi matin.
Ce n’est pas tant son modèle économique qui a été remis en question que l’organisation de sa vie professionnelle et familiale.
L’importance de ne pas rester seul quand on exerce un métier d’accompagnement
Julie connaissait déjà la solitude de l’entrepreneuriat grâce à son activité précédente.
Cette fois, elle décide de ne pas reproduire totalement le même fonctionnement.
Elle développe un réseau avec d’autres hypnothérapeutes et conserve un rendez-vous régulier pour échanger sur leurs pratiques.
Ce créneau lui avait initialement semblé presque être un luxe.
Il est finalement devenu non négociable.
Ces échanges ne remplacent pas une supervision, mais ils lui permettent de partager son expérience avec des personnes qui connaissent les mêmes réalités professionnelles.
C’est aussi une manière de ne pas porter seule toutes les interrogations liées à son nouveau métier.
Peut-on avoir des doutes et réussir quand même sa reconversion ?
L’expérience de Julie apporte une réponse particulièrement intéressante à cette question.
Oui.
Elle s’est demandé :
« Est-ce que je suis vraiment faite pour ce métier ? »
Elle a douté de la qualité de certaines séances.
Elle a ressenti du stress avant de recevoir des clients.
Elle a eu envie de se former davantage.
Et pourtant, elle a continué.
Un an après son lancement, certaines inquiétudes sont déjà moins présentes. Son cabinet accueille davantage de clients, les recommandations commencent à fonctionner et l’expérience accumulée lui permet d’aborder différemment ses accompagnements.
Tous les doutes n’ont pas disparu pour autant.
Mais ils ne l’empêchent plus d’avancer.
Et c’est peut-être l’un des enseignements les plus importants de cette reconversion.
La confiance ne précède pas toujours l’action. Très souvent, elle se construit grâce à elle.
Quels conseils avant de se reconvertir en hypnothérapeute ?
Si vous envisagez à votre tour de devenir hypnothérapeute, l’expérience de Julie invite à ne pas regarder uniquement la formation ou le contenu des séances.
Avant de vous lancer, prenez le temps d’échanger avec plusieurs professionnels déjà installés.
Interrogez-les sur ce qu’on voit moins : leur quotidien, leur nombre de séances, leurs horaires, leur manière de trouver des clients, la formation continue, la supervision, les difficultés rencontrées et l’équilibre économique de leur activité.
Et surtout, confrontez votre représentation du métier à sa réalité.
Car une reconversion réussie ne consiste pas seulement à trouver un métier qui vous attire.
Il s’agit de trouver une réalité professionnelle dans laquelle vous avez envie de vivre.
Se reconvertir sans attendre de ne plus avoir peur
Le parcours de Julie n’est pas celui d’une reconversion parfaitement linéaire dans laquelle toutes les certitudes seraient présentes avant de commencer.
C’est justement ce qui le rend intéressant.
Elle a exploré plusieurs pistes.
Elle s’est renseignée.
Elle s’est formée.
Elle a commencé à pratiquer.
Puis elle a ajusté.
Ses compétences ont évolué avec les séances. Son activité s’est développée progressivement. Son organisation s’est adaptée à ce qu’elle découvrait du métier.
Autrement dit, elle n’a pas attendu de tout maîtriser pour avancer.
Et si vous êtes actuellement en réflexion sur votre propre reconversion, c’est peut-être la question à retenir :
Avez-vous réellement besoin d’être sûr à 100 % pour avancer… ou avez-vous surtout besoin de faire le prochain pas pour obtenir de nouvelles réponses ?
À écouter : le témoignage complet de Julie dans Ma Rêv’olution Pro
Dans cet épisode de Ma Rêv’olution Pro, Julie Couvet revient en détail sur son passage de l’e-commerce à l’hypnothérapie, sa formation, ses premiers clients, ses doutes et les réalités qu’elle a découvertes après son installation.
Ma Rêv’olution Pro est le podcast consacré à la reconversion professionnelle. J’y partage des témoignages de personnes qui ont changé de métier ainsi que des conseils pour vous aider à construire un projet professionnel qui vous correspond.
Vous envisagez vous aussi une reconversion professionnelle mais vous ne savez pas encore vers quel métier vous tourner ?
Le bilan de compétences peut vous permettre de mieux comprendre vos besoins, vos compétences et vos aspirations, puis d’explorer concrètement différentes pistes professionnelles avant de prendre une décision.