Savoir dire non sans culpabiliser : comprendre et développer son assertivité

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Vous rentrez le soir en vous demandant pourquoi vous avez encore accepté ce dossier, cette réunion, ce service que vous n’aviez pas envie de rendre ? Vous dites oui alors qu’à l’intérieur, c’est non. Savoir dire non sans culpabiliser n’est pas un don réservé à quelques personnes sûres d’elles : ça s’apprend.

C’est le cœur de ce qu’on appelle l’assertivité, un mot encore peu connu (je ne l’ai moi-même découvert qu’en 2018, en école de coaching). J’en ai parlé avec Frédéric Lévy, coach, formateur, sophrologue et auteur de Arrêtez de vous laisser marcher sur les pieds (Vuibert). Voici ce qu’il faut retenir, et par où commencer.

Qu’est-ce que l’assertivité, et qu’est-ce qu’elle n’est pas ?

Beaucoup de personnes résument l’assertivité à « savoir dire non ». C’en est une partie, mais pas toute la définition. Ce n’est pas non plus de l’arrogance, ni de la gentillesse, ni une technique.

Pour Frédéric Lévy, l’assertivité est « un comportement relationnel » : une façon d’être en lien avec les autres, qui consiste à respecter l’autre et à se respecter soi-même, les deux en même temps. Autrement dit, être capable de s’imposer sans écraser l’autre.

Le terme vient des États-Unis : c’est le psychologue Andrew Salter qui a nommé ce comportement au milieu du XXe siècle. En France, on en parle depuis relativement peu de temps, ce qui explique que le mot reste flou pour beaucoup.

Pourquoi est-ce si difficile de dire non ?

Frédéric Lévy décrit trois « ennemis » de l’assertivité, dans lesquels on tombe souvent sans l’avoir choisi :

  • La passivité : subir, faire en sorte que l’autre soit bien à son propre détriment. On accepte la surcharge de travail en se disant « je vais m’en sortir ».
  • L’agressivité : s’emporter, hausser le ton, mépriser. Et culpabiliser ensuite.
  • La manipulation : chercher à obtenir ce qu’on veut par des détours, en jouant sur l’affect.

Derrière la passivité, il y a presque toujours des peurs. La peur des conséquences d’abord : « Si je dis non à mon manager, il ne me fera plus confiance, il pensera que je ne suis pas motivé·e. » Et une peur plus profonde : celle de ne pas être aimé·e.

Ces peurs sont pour la plupart imaginées, explique Frédéric Lévy. Les personnes qui commencent à poser leurs limites s’aperçoivent souvent qu’on les respecte davantage. À l’inverse, à force d’éviter tout conflit, on accumule. Puis un jour, une goutte d’eau fait déborder le vase et l’on passe brutalement de la passivité à l’agressivité, pour un détail.

Vous sentez que ce qui vous pèse au travail tient aussi à tout ce que vous n’osez pas dire ? Parlons-en lors d’un entretien préalable gratuit.

Assertivité, confiance en soi, estime de soi : quelle différence ?

Ces trois notions sont liées, mais différentes :

  • La confiance en soi est une croyance : « je suis capable de faire ça ». Elle dépend de la situation. On peut se sentir très à l’aise au sport le week-end et perdre ses moyens en réunion le lundi.
  • L’estime de soi est un jugement global sur soi : « je suis nul·le » parle de l’estime de soi.
  • L’assertivité est un comportement, toujours tourné vers l’autre.

La confiance et l’estime de soi se construisent lentement, dès l’enfance. L’assertivité, elle, peut évoluer beaucoup plus vite. Frédéric Lévy voit régulièrement, en formation, des personnes revenir quelques jours plus tard en racontant qu’elles ont osé dire non, et que tout s’est mieux passé qu’elles ne l’imaginaient.

On peut d’ailleurs avoir confiance en soi et manquer d’assertivité : un musicien sûr de son talent peut avoir du mal à défendre son tarif.

Comment apprendre à dire non sans culpabiliser ?

Inutile de se faire violence. Frédéric Lévy propose d’y aller progressivement :

  1. Observer pendant une semaine tous les moments où vous avez dit oui alors que vous vouliez dire non. C’est une cartographie de vos situations difficiles.
  2. Commencer par de petits « non », dans les situations qui portent peu à conséquence.
  3. Remarquer ce que vous y gagnez : du respect pour vous-même, moins de rumination.
  4. Monter les marches une à une, vers des situations plus délicates.

Il le rappelle : vers 18 mois, nous avons tous et toutes beaucoup dit non. C’est par ce non que nous avons pris conscience d’être une personne séparée des autres. À l’âge adulte, dire oui à tout, c’est un peu s’effacer.

Et une erreur à éviter : croire que c’est acquis après un premier succès. L’assertivité se travaille comme un muscle, jusqu’à devenir un réflexe.

Peut-on dire non à son manager ?

Oui. L’assertivité ne dépend pas de la hiérarchie. Dire non à son manager ne veut pas dire lui manquer de respect ni refuser frontalement chaque tâche. Cela veut dire poser une limite quand c’est nécessaire. Face à quelqu’un qui hurle, il est possible de dire calmement : « Je n’accepte pas que vous me parliez de cette façon. »

Frédéric Lévy souligne aussi que le non n’est pas perçu de la même façon selon qu’il vient d’un homme ou d’une femme : là où l’un sera vu comme ayant « les épaules », l’autre sera parfois jugée « pénible ». Une inégalité à connaître, pour ne pas la laisser décider à votre place.

Enfin, paradoxalement, dire non à quelqu’un, c’est aussi le respecter : c’est lui dire la vérité, et lui permettre de se réajuster.

Ce que vous gagnez à être plus assertif·ve

  • De la sérénité : vous ne rentrez plus le soir en ressassant ce que vous n’avez pas dit.
  • De l’énergie : la frustration accumulée use, psychologiquement et physiquement.
  • Des relations plus saines, équilibrées, fondées sur la confiance.
  • De la reconnaissance : quelqu’un qui sait se positionner inspire confiance.

Et parfois, s’autoriser à dire non est aussi le premier pas pour s’autoriser à choisir ce que l’on veut vraiment, que ce soit pour changer de voie ou pour trouver sa place là où l’on est déjà. Si le regard des autres vous retient aussi, l’épisode comment se libérer de la peur du regard des autres prolonge cette réflexion.

En résumé

  • L’assertivité, c’est se respecter et respecter l’autre, en même temps.
  • Passivité, agressivité et manipulation l’empêchent de s’exprimer.
  • Les peurs qui retiennent de dire non sont le plus souvent imaginées.
  • Contrairement à la confiance en soi, l’assertivité peut évoluer vite.
  • Premier pas : observer pendant une semaine vos « oui » qui voulaient dire non.

Conclusion

« Ce n’est pas parce que les choses sont difficiles que nous n’osons pas, c’est parce que nous n’osons pas qu’elles sont difficiles », disait Sénèque.

Si vous sentez que vous subissez votre travail, que ce soit parce que vous n’osez pas dire non ou parce que vous ne savez plus ce que vous voulez, vous n’êtes pas obligé·e de tout changer d’un coup. Commencez par faire le point. Après trois reconversions, je sais combien se connaître aide à choisir. Le bilan de compétences est un espace pour cela, et vous pouvez aussi découvrir vos drivers pour comprendre ce qui vous pousse à dire oui à tout. Si vous avez envie d’en parler, je vous propose un entretien préalable gratuit et sans engagement.

Clarence Coudert Mirkovic, coach professionnelle et consultante en bilan de compétences.

FAQ : savoir dire non sans culpabiliser

Quelle est la définition de l’assertivité ?

L’assertivité est un comportement relationnel qui consiste à exprimer ce que l’on pense, ressent ou veut, en respectant à la fois l’autre et soi-même. Elle se situe à l’équilibre entre la passivité et l’agressivité.

Comment dire non sans se sentir coupable ?

En commençant petit, dans des situations peu risquées, et en observant ce que ça change. La culpabilité diminue à mesure que l’on constate que les conséquences redoutées n’arrivent pas, et que l’on se respecte davantage.

Peut-on être trop assertif ?

Non, répond Frédéric Lévy : être assertif, c’est être au bon endroit. Quelqu’un qui hurle n’est pas « trop assertif », il est agressif.

L’assertivité, est-ce la même chose que la confiance en soi ?

Non. La confiance en soi est une croyance en ses capacités dans une situation donnée. L’assertivité est un comportement dans la relation à l’autre. Les deux se nourrissent, mais on peut avoir l’une sans l’autre.

Comment dire non à son manager ?

En posant une limite claire et respectueuse quand c’est nécessaire, sans refuser frontalement chaque demande. L’assertivité ne dépend pas de la hiérarchie : on peut l’être avec son N+1 comme avec n’importe qui.

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